Parmi les grands sommets, l'Ossau fut un des premiers
vaincus.
En 1797, il est déjà surmonté d'une
tourelle, alors que le Mont-Perdu
ne sera vaincu qu'en 1802, le Vignemale
en 1838 et l' Aneto
en 1842. Pourtant de tous ces pics, l'Ossau est le plus
difficile par sa voie normale.
La première tentative d'ascension connue à
l'Ossau remonte en 1552. Le Seigneur de Foix-Candale, évêque
d'Aire qui se trouve en séjour "aux eaux
de Béarn, proches de Pau" organise au mois
de Mai, une expédition dans le but de monter au sommet
des montagnes que l'on nomme "Les jumelles".
Même si il prétend être monté
"plus haut que les nuages", il semble que
sa tentative n'ait pas dépassé la limite des
pâturages. Quoi qu'il en soit, il a osé s'attaquer
à l'Ossau et pour l'époque c'est une performance.
Le successeur de Candale, Cayet, déclare avoir
gravi le pic en 1591. Mais son récit est si fantaisiste,
que l'on peut affirmer qu'il n'est pas aller plus haut que
son prédécesseur.
Deux siècles plus tard, Louis-Philippe Reinhart
Junker qui dirige une équipe de géodésiens chargés d'établir
les limites de la frontière et de définir l'altitude des
sommets, constate le 20 mars 1787 que l'Ossau se trouve
surmonté d'un signal qui atteste sa conquête.
Selon toute vraisemblance, le vainqueur de l'Ossau est un
berger Aspois qui atteint le sommet quelques années
auparavant, à la demande des géographes Reboul
et Vidal afin de construire une tourelle de triangulation.
La première ascension connue
En séjour aux Eaux-Bonnes, Guillaume Delfau, un
parisien de 30 ans, est intriqué par la réputation
d'inaccessibilité de l'Ossau. Il est attiré
par l'inconnu et contrairement aux montagnards scientifiques
de son temps, il s'engage dans l'ascension, dans le but
d'une performance sportive.
Le 02 octobre 1797, il quitte Gabas à 3 heures 10
du matin en compagnie du berger Mathieu. Ils attaquent résolument
la voie normale utilisée aujourd'hui. "Que n'aurais-je
pas donné dans ce moment de n'être pas venu dans les Pyrénées
! " dit Delfau pendant l'escalade des cheminées. "Après
un dernier pas difficile entre deux précipices affreux "
les voici sur la cime du Grand Pic ou ils constatent la
présence du cairn. Au sommet, il rédige son... testament,
et confit sa bourse à son guide, au cas où il trépasserait
à la descente.
De retour de ce premier exploit sur l'Ossau, Delfau conclut
: "Les fatigues qu'on essuie dans un voyage dont le but
intéresse vivement recréent et fortifient plus qu'elles
n'épuisent." Plus tard il écrira un récit
de son aventure.
La deuxième ascension revient au Comte Armand d'Angosse,
qui gravit le pic, le 02 août 1802.
Tous ses compagnons parviennent également au sommet:
Jacques Clabères, de Laruns, berger, âgé de 26 ans, André
de Béon, intrépide chasseur d'isards, François
son domestique, et 3 jeunes bergers de Billères d'Ossau
rencontrés au col de Suzon au cours de l'ascension
(Jean et Sébastien Trésuaguet deux frères, âgés l'un de
quatorze et l'autre de seize ans et Jacques Soucasau).
Armand d'Angosse qui trouva l'escalade très rude
écriera tout comme Delfau un récit de sa course.
Quelques jours plus tard, le 14 août 1802, Henri
Daugerot, de Nay, industriel en métallurgie, (comme
Armand d'Angosse dont il est le concurrent) réalise
la troisième ascension. Il semble que la concurrence
entre les deux hommes soit le fait déclencheur de
cette tentative; au retour Daugerot déclare n'avoir
rencontrer aucunes difficultés, et par la même
occasion, dénigre l'ascension d'Armand d'Angosse.
Première hivernale
La première ascension hivernale du Grand Pic est
réalisée vers 1888, par le Comte Roger
de Monts, avec un guide et un porteur. Le Comte Russell
et M.Congrève, avec les guides, Camy et Dottes, des
Eaux-Chaudes, avaient déjà tenté cette
course le 01 mars 1863, mais ils avaient été
arrêtés par la troisième cheminée:
"mur de neige à pic..." dit Russell.
La face Nord
La première ascension par la face nord du Grand
pic aurait été réalisé par Henri
Brulle, René
d'Astorg, Célestin
Passet et François
Bernat-Sallesen
juillet 1896 par la diagonale de l'Embarradère.
La première ascension de la face Nord sans passer
par La Fourche est réussit par l'Autrichien Edmond
Gutl et l'allemand Schmidt le 11 juin 1908.
La première hivernale par la face Nord est réalisée
par deux jeunes étudiants anglais de l'université
d'Oxford: C.F Gates et D.L Busk. Partis de Gabas à
4 h 30 du matin ils ne seront de retour que fort tard dans
la soirée.
L'exploration
de l'Ossau
Le Grand Pic est vaincu, mais trois autres pointes demeurent
vierges...
La conquête du petit pic (2812 m)
Le guide Jean Biraben, dit "Eschotte",
de Laruns, accompagné de Bergé fils et d'un
touriste, M.Smith atteint le sommet du Petit Pic en 1858.
Huit jours plus tard, il y remonte avec un excursionniste
de Lyon.
C'est seulement en 1889 que Louis
Falisse de Pau, réalise la seconde ascension
en passant par l'arête de Peyreget. Sur le sommet
il plante un bâton auquel il attache un vieux sac.
Le 14 juillet 1889, Charles Carrere qui accompagne au
Grand Pic une collective de la société des
excursionnistes du Béarn, aperçoit le sac
de Falisse au sommet du Petit Pic et déclare qu'il
va en rapporter un morceau.
Il descend donc vers La Fourche et remonte le couloir de
la face Est du Petit Pic jusqu'à son sommet. Par
le même chemin il regagne le sommet du Grand Pic.
Ce jour là, il réalise la première
traversée aller retour Grand Pic-Petit Pic.
Le 06 mars 1938, Roger Mailly réussit seul la première
ascension hivernale du Petit Pic.
La
troisième pointe (2717 m)
Le 19 août 1907 Jacques et Robert Blanchet et Jean-Pierre
Esquerre réalisent la première traversée
de la troisième pointe qu'ils baptisent "Pointe
d'Aragon".
La deuxième ascension est l'uvre de Cintrat
et Louis Magne en 1908.
Le 08 août de cette même année, E.J Carrive,
Louis Magne et M.Bourdil réussissent la première
traversée des trois pointes de l'Ossau
La
quatrième pointe (2506 m)
Cette pointe connaîtra une conquête originale:
le 26 août 1927, depuis la Pointe d'Aragon, Jean Santé
se fait descendre à bout de corde à la brèche
le séparant de la quatrième pointe, puis il
en gagne le sommet. Pour le retour, il se fera hisser par
ses compagnons restés sur la Pointe d'Aragon.
Mais Jean Santé ne veut pas en rester là,
avec "sa" pointe.
Le 26 août 1928, il réalise, en compagnie de
Marcel Cames et Roger Cazabonne, une ascension exceptionnelle
pour l'époque: la quatrième pointe par le
couloir Pombie-Suzon.
15 jours plus tard, le Palois Henri Sarthou (âgé
de 25 ans) gare sa moto au Caillou de Socques et descend
vers le gave. Il rencontre un jeune pécheur et lui
propose de se joindre à lui. C'est ainsi que le hasard,
le fit ce jour là rencontrer le fameux François
Cazalet (16 ans).
A 13 heures, ils abordent le couloir Pombie-Suzon, atteignent
le sommet de la quatrième pointe (que l'on nomme
maintenant, Pointe Jean Santé) à 19 h, mais
sont contraint de bivouaquer dans le couloir à la
descente.
Le 30 juillet 1933, Robert
Ollivier, Alex Chicher, M.Cames et François Cazalet
réalisent la première de la pointe Jean Santé
par la muraille de Pombie. Puis les quatre compagnons font
la première traversée directe à la
Pointe d'Aragon puis gagnent le Grand Pic, avant de descendre
en rappel la grande cheminée de la face nord intégrale
de la Pointe de France.
Toutes les pointes de l'Ossau sont maintenant vaincues.
Les Pyrénéistes se tournent désormais
vers les faces, les murailles et les arêtes vierges
pour y ouvrir une multitude de nouvelles voies. On dénombre
aujourd'hui plus d'une centaine de voies sur le Pic du Midi
d'Ossau sans compter les variantes.