Né
à Rouen, le normand Georges Ledormeur n'était nullement prédisposé
à s'éprendre des Pyrénées, mais les hasards de la carrière
professionnelle de son père en décidèrent autrement.
En 1880 celui-ci s'installe à Bordeaux et le jeune Georges,
dès son instruction primaire terminée, travaille chez un courtier
maritime.
La
révélation arrive pour lui le 24 février 1894 - il a alors
26 ans - quand il débarque à Tarbes pour un séjour chez son
frère, militaire dans cette ville ; sa première promenade
l'amène sur le pont de l'Adour d'où il découvre, dans la limpidité
d'une belle journée d'hiver, toute la chaîne qui étincelle
au soleil.
Ce jour-là va décider de l'orientation de sa vie, et Ledormeur,
définitivement conquis, ne quittera plus Tarbes où se déroulera
toute sa carrière professionnelle ainsi que sa retraite active.
Il se met rapidement aux excursions, timidement d'abord, puis
de manière plus hardie et continue, à tel point que l'on pourrait
dire de lui qu'il fut un pyrénéiste à temps complet, les cinquante
deux fins de semaine de l'année étant presque toutes occupées
par la montagne.
On a également dit de lui qu'il était particulièrement mal
nommé car, pour assouvir sa soif de découvertes dans le cadre
étroit d'une fin de semaine, Ledormeur va supprimer le sommeil
et marcher une bonne partie de la nuit du samedi au dimanche
pour effectuer ses approches, d'où le surnom affectueux que
lui donnent ses amis de " marchoucrève ".
Esprit
méticuleux et ordonné, il note les détails de chacun de
ses itinéraires et les horaires de toutes ses ascensions
afin, dit-il, de retrouver son chemin lorsqu'il reviendra
plus tard ; il arrive ainsi, au fil des années, à accumuler
une documentation conséquente et fiable puisqu'elle est
le fruit de ses observations personnelles, observations
passées au crible d'une critique rigoureuse, et c'est ainsi
qu'il se trouve amené à faire profiter les autres de ce
trésor de documentation en publiant son guide " les Pyrénées
centrales ", le célèbre guide Ledormeur, dont la première
édition datée de 1928 sera suivie de cinq autres, la dernière
en 1950, deux ans avant sa disparition.
Au total Ledormeur aura gravi plus de 1500
sommets différents, dont 120 plus de 3000, et ce en toutes
saisons, puisqu'il figure également parmi les pionniers du
ski dans les Pyrénées, réalisant le 10 mars 1907, après une
course de près de vingt heures, la première traversée à ski
du Tourmalet.
Mais
Ledormeur c'est aussi la carte touristique des Pyrénées centrales
au 1/80.000, une impressionnante collection de 6800 photographies
prises avec son inséparable Kodak, le refuge qui porte son
nom dans le massif du Balaïtous, construit en 1926 selon ses
plans et sous sa direction, des tables d'orientation, un nombre
considérable d'articles publiés dans la presse régionale et
les revues pyrénéistes, ainsi que des conférences avec projections.
Ajoutons à cela que Ledormeur était également artiste, et
nous a laissé des dessins et des aquarelles.
En 2002,
pour le cinquantième anniversaire de sa mort, son guide a
été réédité, et un
site Internet lui a été consacré, à l'initiative de sa
petite fille Denise Doubrère.
Merci à Gérard
Raynaud, pour son aide pour la réalisation de cette
page.