|
Document sans titre
|
| Accueil
/ Figures
du Pyrénéisme / Jacques Orteig |
Jacques
Orteig
1834 - 1904 Surnommé
" l'animal des Eaux Bonnes ", le guide et
chasseur Jacques Orteig, né
à Aas en vallée
d'Ossau, (le 9 février
1834) a connu de son vivant une célébrité égale
à celle des Passet dans
le monde pyrénéiste.
Doté par la nature d'une robustesse et
d'une endurance à toute épreuve, connaissant parfaitement
la montagne, excellent chasseur et bon grimpeur, il fut très
apprécié par les grands pyrénéistes
de la fin du dix neuvième siècle. Si son terrain d'action
de prédilection gravitait autour de sa région natale
d'Ossau, il s'appliqua cependant
à connaître les principaux sommets de la chaîne.
Esprit curieux et chercheur, il monta le premier
au Balaïtous par l'Est
et le glacier de Las Néous
en 1865, avant de révéler
cet itinéraire à Henry
Russell qui l'utilisera en 1870.
Il réussit en 1871
la seconde ascension connue du Palas
en compagnie de Robert Forster,
la première ayant été réalisée
en Juillet 1825 par les officiers
géodésiens Peytier
et Hossard dans le brouillard,
en croyant monter au Balaïtous.
Sur ce même Balaïtous,
il découvrit une variante plus facile sur l'arête Packe
- Russell, en empruntant une brèche que l'on a
baptisé depuis "brèche
d'Orteig".
Il découvrit également le passage-raccourci
qui porte son nom sur le chemin du refuge d'Arrémoulit,
entre lacs d'Arrious et d'Arrémoulit,
passage aujourd'hui aménagé et sécurisé.
En Juillet 1864,
il réussit, en compagnie de quatre clients, la première
ascension nocturne du pic d'Ossau
avec bivouac au sommet, bivouac agrémenté d'un violent
orage et d'une pluie battante.
En 1876 il
construisit sur le plateau d'Aucupat
une confortable cabane refuge pouvant abriter une vingtaine de personnes
et destinée à leur faciliter les ascensions des pics
voisins: Ger, Amoulat,
Arcizettes.
Marcheur phénoménal, Jacques
Orteig réalisa le 15
Août 1871 la course Eaux
Bonnes - Balaïtous
- Eaux Bonnes en 19 heures
en compagnie d'A. Lequeutre
et de Henri Passet.
L'année suivante, le 22
juillet 1872, à la suite d'un pari, il partit
des Eaux Bonnes pour monter
au pic de Ger, puis à
l'Arcizette, au pic d'Ossau
et de là, rallier Pau
le tout en 18 heures trente de marche. Cet exploit lui conféra
une renommée qu'il exploita pendant quelques années
un peu partout en France et même à l'étranger
en plus de son métier de guide qu'il continua d'exercer aux
Eaux Bonnes.
Jacques Orteig
est décédé le 3 Janvier
1904 à l'âge de soixante dix ans. |
| |
|
MORT DU GUIDE ORTEIG
Jacques Orteig, qui vient de mourir à Eaux-Bonnes,
dans sa 70° année, eut son heure de célébrité
comme guide et comme marcheur. Les performances qu'il
a accomplies, non pas tant dans ses exhibitions foraines
ou ses paris, mais dans
ses courses inconnues dans la montagne, permettent d'affirmer
que cet homme, doué d'organismes pulmonaire et
musculaire spéciaux, s'il eût été
soumis à un entraînement méthodique
et régulier, aurait été une exception.
L'extrême endurance de ce corps
légèrement
courbé, plutôt maigre, mais fortement charpenté,
était extraordinaire. Mais ce qui surtout était
absolument
remarquable chez lui, c'était sa connaissance
parfaite de la montagne et sa très grande facilité
de se conduire même dans les passages les plus
dangereux et les moins fréquentés, par
les nuits les plus noires et les plus embrouillardées.
On eût dit qu'il sentait le chemin.
A vrai dire, ce n'était pas
un guide pour gentilles dames ou beaux messieurs. Avec
Orteig, il fallait marcher, et surtout ne pas avoir
peur. Sa témérité inconsciente
était un peu excessive, et relevait plus du chasseur
habitué à poursuivre les isards que du
guide classique et prévenant. Mais pour le véritable
alpiniste qui dédaigne les funiculaires ou les
sentiers battus, qui aime la montagne pour elle-même,
pour les émotions qu'elle procure, il
était certainement unique dans la région
pyrénéenne.
Son intuition, son flair tout particulier
des inconnus alpestres, faisaient de lui un aide incomparable
pour la reconnaissance de pics inexplorés, ou
la recherche de passages ; et je suis certain que le
comte Henry Russell aura éprouvé à
la nouvelle de sa mort un sentiment ému de souvenirs
et de regrets.
En course, sa sobriété n'avait d'égale
que sa discrétion. Arrivé à la
halte, il s'éloignait de vous, s'étendait
dans un creux, et là mangeait tranquillement
un morceau de pain et de lard, pour se désaltérer
ensuite à la première eau venue.
Il aimait la chasse et la montagne au-dessus de tout;
entre les saisons, il restait seul des semaines sur
les hauteurs, vivant de pain et d'eau, poursuivant les
perdrix blanches et surtout les isards.
Désintéressé
et serviable outre mesure, on peut dire qu'avec Jacques
Orteig disparaît un des plus intrépides
montagnards de la
région, un guide incomparable, un bon et honnête
homme.
Bulletin
du CAF
Janvier 1904 |
|

Dernière photographie de Jacques Orteig prise en août
1902 par J.Blanchet. |
|
| |
| 
Bibliographie:
René
Arripe: Jacques Orteig "l'animal" des Eaux
Bonnes
1980
|
Merci à Gérard
Raynaud, pour son aide pour la réalisation de cette
page. |
|
|
|