| Premier
objectif: la face nord de la Pique-Longue au Vignemale (23
août 1946).
Partis de Gavarnie, avec Jacques Carlier,
le 22 à 17 heures, nous étions au refuge de
Baysselance à 19 h 30. Rémy Lhose devait nous
rejoindre dans la nuit (à pied bien sûr, car
la route d'Ossoue n'existait pas).
Après une mauvaise nuit dans le dortoir
situé au-dessus de la cuisine - le sommeil ne venant
pas - nous pûmes, pendant de longues heures, écouter
les commentaires de plusieurs guides réunis autour
du tenancier. Ces "anciens" ne connaissaient
qu'une seule voie: "le Glacier d'Ossoue"
pour atteindre la Pique-Longue. Aussi étaient-ils très
étonnés par notre projet.
Le lendemain, départ à 4 heures.
Traversée de la Hourquette d'Ossoue et rencontre, au
pied de l'Aiguille des Glaciers, avec deux alpinistes: Robert
Ollivier et un aspirant-guide.(1)
- "Où vas-tu ? Là, et toi ? Là
! ". Voilà les seuls mots que nous échangeâmes
!
J'étais en sandales de basket et avais
du mal à tailler les marches dans cette pente assez
raide et crevassée du Glacier des Oulettes. Enfin,
la rimaye et la première longueur de corde. Le moral
est bon, les clients plaisantent comme d'habitude: "Monte
fainéant, tu te traînes !". Je suis
dans le filon de marbre vert vertical, 20 mètres. Je
pose un piton. J'entends Ollivier qui en fait autant à
l'Aiguille des Glaciers.
Je fais monter mon second au relais sur piton.
Je continue... enfin, une plate-forme. C'est au tour du troisième
homme et l'ascension se poursuit sans incident. Quelques hésitations
à l'attaque de l'arête intermédiaire.
Nous débouchons, à 16 heures, sur l'arête
de Gaube. A 17 heures, nous sommes au sommet.
Très belle course. La plus longue
et la plus intéressante escalade réalisée
par notre équipe depuis nos débuts de grimpeurs.
Le retour s'effectue par l'arête du
Petit Vignemale. Le tenancier nous attend..." félicitations
"... Nous mangeons, sablons le champagne, et, à
21 heures, nous décidons de regagner Gavarnie. Dans
la nuit, le chemin que nous connaissons ne nous pose aucun
problème, sauf dans la traversée du bois de
Saint-Savin où nous eûmes la chance de rencontrer
un chasseur d'isard et son client (épuisé !)
qui se dirigeaient à la lueur d'une bougie.
C'est encore une "boutade"
de mes clients qui prétendent que le passage le plus
difficile de la Pique-Longue est le bois de Saint-Savin !
(sans bougie: bivouac obligatoire).
En juin 1947, j'effectue mon stage de guide
B.H.M. à l'E.N.S.A. de Chamonix et obtiens les félicitations
du jury par la voix du président de la F.F.M., M. Neltner,
pour avoir conduit les premiers clients dans la Face Nord
de la Pique-Longue au Vignemale, en tant que guide (je n'étais
alors que porteur ou aspirant-guide !).
Par son exposition, la hauteur de ses versants,
la persistance de l'enneigement, en un mot par sa sévérité,
je considère cette "région"
comme un massif à caractère très "haute
montagne", comparable à certains sommets de
la chaîne des grandes Alpes.
Critiquant parfois les "acrobates"
et les alpinistes de difficultés, le comte Russell
avait pourtant bien choisi le lieu de ses séjours pyrénéens
et de son "ermitage". |