Le Tour arrive pour la première fois
dans les Pyrénées en 1910. Certaines de ces
étapes pyrénéennes ont été
le théâtre d'exploits, d'anecdotes mais aussi
de drames. Souvent, la victoire finale s'y est jouée,
faisant entrer les Pyrénées dans la légende
du Tour. Je vous propose de revivre quelques uns de ces grands
moments de cyclisme dans les Pyrénées.
En de début d'année 1910, Alphonse Steines,
collaborateur du journal l'Auto, propose a Henri
Desgrange, une incroyable nouveauté pour redonner de
l'intérêt au tour ! Le ballon d'Alsace ne suffit
plus, il veut envoyer le peloton à l'assaut des Pyrénées.
"Steines, vous devenez fou !" s'exclame
Desgrange.
Quelques jours plus tard, Steines est en reconnaissance
dans les Pyrénées. En Béarn, Il promet
au responsable des Ponts et chaussées de Pau, une aide
financière pour la remise en état de la route
du col d'Aubisque.
Au départ de Sainte Marie de Campan, il entreprend
en automobile une reconnaissance vers le col du Tourmalet.
A la tombée de la nuit, à quatre kilomètres
du sommet, il est prit par une tempête de neige. Devant
le refus du chauffeur de continuer, Steines décide
de continuer seul et à pied. Il franchit péniblement
le Tourmalet, et arrive enfin vers trois heures du matin à
Baréges. Le lendemain il envoie un télégramme
à son patron: "Passé Tourmalet. Très
bonne route. Parfaitement praticable. Steines"
En avril, Desgrange dévoile le parcours aux coureurs
du Tour. Quelques coureurs partent faire une reconnaissance
des lieux et reviennent effarés: "jamais
on ne pourra monter la haut !"
Beaucoup renoncent, et seulement 110 coureurs se présentent
au départ du Tour 1910 alors qu'ils étaient
150 l'année précédente.
Le 19 juillet 1910, les coureurs abordent pour la première
fois les cols pyrénéens. Au cours de l'étape
Perpignan-Luchon (289 km),ils franchissent le col de
Port, le Portet d'Aspet et le col des Ares. Seulement quatre
coureurs abandonnent. Octave Lapize gagne cette première
étape Pyrénéenne.
Tour
1910: L'étape Luchon-Bayonne
Le 21 juillet, l'étape Luchon-Bayonne (325 km)
fait entrer les Pyrénées dans la légende
du Tour.
Le départ est donné à 3 h 30 pour
franchir les aujourd'hui célèbres: Peyresourde,
Aspin, Tourmalet et Aubisque. Faber possède 15 points
d'avance sur Octave Lapize, réputé le meilleur
grimpeur du peloton (à cette époque, le Tour
se court en effet aux points et non au temps).
Dès
les premières pentes, Lapize s'échappe et passe
en tête Peyresourde et Aspin. Garrigou, quatrième
au général, le rejoint dans le Tourmalet. La
pente est tellement rude que que Lapize est contraint de mettre
pied à terre et d'alterner course à pied et
séances de pédalage. Garrigou parvient à
achever toute la montée sur son vélo. Il reçoit
pour cet exploit (seul coureur ayant escaladé le Tourmalet
sans mettre pied à terre) une prime spéciale
de 100 Francs. Malgré tout Lapize parvient à
basculer dans la descente le premier.
L'étape semble promise à l'un des deux hommes,
quand un inconnu, sans équipe, François Lafourcade,
(de Bayonne) rejoint et dépasse Lapize et Garrigou
dans l'Aubisque. Lapize termine à pied, plus d'un quart
d'heure après Lafourcade. Au sommet il jure après
les organisateurs : "Vous êtes des assassins.
Oui, des assassins ! ". Garrigou est quant à
lui loin derrière.
A Eaux-Bonnes, Lapize toujours furieux, continue de jurer,
menaçant même d'abandonner. Il pointe alors à
16 minutes de Lafourcade.
Lapize revient sur lui en compagnie de l'Italien Albini. Faber
est loin derrière et crève pour la cinquième
fois à une quinzaine de kilomètres de l'arrivée.
À Bayonne, après 14 heures d'efforts,
Lapize remporte le sprint devant Albini. Faber arrive un quart
d'heure plus tard devant Trousselier et Lafourcade. Garrigou,
huitième, pointe à près d'une heure des
deux premiers. Les derniers coureurs arrivent à Bayonne
dans la nuit noire: ils ne sont que 46 à franchir
la ligne d'arrivée. Seuls les dix premiers coureurs
ne sont pas hors délai, mais la direction de course
décide de ne disqualifier aucun concurrent, même
ceux qui ont rejoint la ligne d'arrivée en voiture.
Lapize confirmera encore sur la ligne d'arrivée que
"Desgranges est bien un assassin ! " Le
dernier de cette étape,Georges Cauvry,
arrive 22 heures après le départ de Luchon.
Octave LAPIZE, remportera à Paris ce huitième
Tour de France devant le Luxembourgeois François Faber
et le Français Gustave Garrigou.
2. François Faber 67 pts
1. Octave LAPIZE 63 pts
3. Gustave Garrigou 86 pts
Tour
1913: Le forgeron de Sainte-Marie de Campan
Au départ de la sixième étape entre
Bayonne et Luchon, Odiel Defraye est en tête du classement
général. Eugène Christophe, un des favoris
pour la victoire finale, pointe à 5 minutes,
Marcel Buysse à 10 minutes et Philippe Thys
à 23 minutes.
Au sommet de l'Aubisque, Christophe, passe en tête
devant le belge Philippe Thys. Dans l'ascension du Tourmalet,
il est rattrapé puis double par le belge, qui passe
le premier au sommet.
Mais dans la descente vers Sainte-Marie de Campan, Christophe
est renversé par une voiture suiveuse. La fourche de
son vélo est brisé. Selon le règlement,
il doit réparer seul ou abandonner. Il descend alors
à pied les 14 kilomètres qui le séparent
de sainte Marie de Campan en portant son vélo sur l'épaule.
Au
village, il trouve une forge et commence la réparation
de son vélo, sous la surveillance d'Henri Lecomte,
commissaire de course.(1) Il
brase une barre de fer qu'il faut ensuite enfoncer dans le
cintre, avant de resserrer le tout à l'aide de goupilles.
Deux heures après le début de la réparation,
un des officiels demande à Henri Desgrange la permission
d'aller manger un morceau. "Si vous avez faim,
mangez du charbon...Je suis votre prisonnier et vous resterez
mes geôliers" dit Eugène Christophe.
Au bout de quatre heures, sa réparation terminée,
Christophe repart. Mais c'est trop tard pour espérer
revenir sur Thys qui passe en tête au sommet de l'Aspin
et du Peyresourde avant de s'imposer à Luchon, terme
de cette étape de 326 km, devant Buysse et Garrigou.
Christophe termine l'étape à 3h50' du
vainqueur du jour. Pour lui le Tour de France est perdu, mais
il est rentré dans la légende.
Au classement général, il terminera septième
à un peu plus de 14h du vainqueur de ce Tour
1913: Philippe Thys.
Eugène
Christophe
De 1906 à 1925, Christophe participe à
onze Tour de France. Il ne le gagnera jamais,
mais il est le premier coureur à avoir porté
le célèbre maillot jaune, le 18 juillet
1919.
Il sera victime d'un nouveau bris de fourche dans
lavant-dernière étape du Tour 1919,
du côté de Valenciennes, alors quil
tient la tête du classement général
avec 28 minutes d'avance sur le Wallon Firmin
Lambot. Il effectue de nouveau sa réparation
et arrive plus de deux heures et demi aprèsLambot
qui remportera le Tour.
La malchance s'acharne décidément sur
lui, car lors du tour 1922, il casse à nouveau
sa fourche dans létape Briançon-Genève,
alors quil était passé en tête
au Galibier et avait toutes les chances de reprendre
le maillot jaune. Il termine une fois encore le Tour
à la 7e place.
Une plaque commémore cet événement à
Sainte-Marie de Campan.
Tour 1934 - Le sacrifice de René
Vietto pour Antonin Magne
En 1934, René Vietto, jeune grimpeur
Cannois de 20 ans, participe au Tour de France pour
la première fois, au sein de l'équipe de France,
pour épauler son leader, Antonin Magne.
La traversée des Alpes lui permet de révéler
ses dons exceptionnels de grimpeur en remportant consécutivement
deux étapes. "Le Roi René",
gagne encore chez lui à Cannes, provoquant des scènes
d'enthousiasme indescriptibles.
Au
départ de la 15° étape, de Perpignan à
Ax-Les-Thermes (158 km) Antonin Magne, porteur du Maillot
Jaune, n'a que deux minutes d'avance sur son seul rival sérieux:
l'italien Giuseppe Martano.
Magne attaque dans l'ascension de Mont-Louis puis dans l'ascension
du col de Puymorens. Dans la descente,Vietto est avec Magne
quand celui-ci chute et casse sa roue avant. Vietto donne
alors sa roue avant au maillot jaune, qui se lance à
corps perdu dans la descente. A l'arrivée, Antonin
Magne franchit la ligne avec seulement 45" de
retard sur Giuseppe Martano. L'étape est remportée
par Roger
Lapébie.
Le lendemain, au cours de l'étape Ax-Les-Thermes
- Luchon (165 km) Magne chute à nouveau dans
la descente du Portet d'Aspet. Vietto fait demi-tour pour
céder son vélo a Magne. Il ne peut réprimer
des larmes de tristesse qui émeuvent la France entière.
Antonin Magne remportera son second Tour (apres celui de 1931)
devant Giuseppe Martano et Roger Lapébie.
René Vietto
Le Tour 1934 avait fort mal commencé pour ce
jeune Cannois de 20 ans, car ayant pris du goudron
dans l'il il avait concédé 54'
à Evian. Malgré ses deux victoires dans
les Alpes (Aix les Bains - Grenoble et Gap - Digne)
et une troisième victoire d'étape chez
lui à Cannes, il aborde les Pyrénées
avec 22' de retard sur Magne.
Il perd 4'33'' dans le Puymorens, puis 4'35
au Portet d'Aspet. Soit au total 9'8".
Malgré une autre victoire dans les Pyrénées
(Tarbes - Pau), René Vietto termine 5ème
à Paris.
Hélas, celui-ci ne retrouva jamais ses jambes
de 1934 et sa carrière, amputée par la
guerre, n'aura pas le lustre espéré.
Il ne gagnera jamais le Tour de France, mais il a écrit
une des plus belles pages de la Légende du Tour
de France, après s'être sacrifié
à deux reprises pour son leader.
Antonin Magne
"Cela se passait dans une petite descente après
le Portet d'Aspet. En voulant démarrer et rejoindre
Gissels et Martano qui étaient devant, ma roue
arrière s'est bloquée, ma chaîne
était enroulée autour de mon pédalier,
je ne pouvais plus réparer. Tous mes camarades
étaient devant, la camionnette était loin
derrière et, pendant quelques secondes, j'ai
bien cru que tout était fini. Je désespérais,
lorsque surgissait tout à coup, dans un virage
plus bas, René Vietto qui grimpait à toute
allure. Il avait fait demi tour et il venait m'apporter
sa bicyclette. Aussitôt j'enfourchais celle ci
et je retrouvais quelques mètres plus loin Roger
Lapébie qui nous attendait. C'est lui qui mena
constamment jusqu'au sommet du col des Ares. Je ne l'avais
jamais vu si bien monter. Dans la descente il continuait
à mener et je ne sais à qui je dois le
plus aujourd'hui de Vietto ou Lapébie."