Vincent ChausenqueVincent Chausenque naît à Gontaud (Lot et Garonne) le 09 avril 1782.
Il effectue un premier voyage aux Pyrénées en 1793 à onze ans. Il est élevé à Soréze et reçoit une très bonne instruction. Il a le goût pour l’histoire naturelle, la botanique et la géologie.

Il s’oriente vers une carrière militaire et part à l’école du génie à Metz en 1802. A cette époque il réalise ses premières excursions et ascensions dans les Vosges.

En novembre 1802 il devient lieutenant et pour raison de santé, en juin 1804 (il a 22 ans) il arrive dans les Pyrénées à Bayonne. Officier topographe du génie, il est chargé du service des plans de Tarbes, Lourdes et Barèges. Il fait l’ascension de la Rhune, sa première dans les Pyrénées.

Envoyé en service dans la région de Lourdes, il fait les excursions déjà classiques de l’époque autour de Barèges, Saint Sauveur, Cauterets… Il ascensionne plusieurs fois le pic du Midi. Il y montera même de nuit avec le secrétaire général La Bouliniére pour y assister au lever du soleil.

C’est le début d’une véritable passion pour les Pyrénées. Il s’éprend tout particulièrement d’une montagne, le Néouvielle, vers lequel il pousse plusieurs reconnaissances.

Un jour de 1805, il rencontre Ramond aux cascades d’Escoubous avec lequel il s’entretient des possibilités d’ascension du « colossal Néouvielle ».

Il devient capitaine en 1808, mais il démissionne pour « raison de santé ». (Mais il semble qu’il ait des penchants plus bucoliques que militaire, car il vivra quand même 87 ans !)
Il reste quelques années de plus dans les Pyrénées et en 1811 il fait son premier voyage dans les Alpes.

L’histoire perd sa trace pendant quelques années.

Nous le retrouvons à l’âge de 42 ans en 1822 « se dégageant des mille et une chaînes qui retiennent l’homme asservi… »
Avec sa femme et sa fille, il refait toutes les excursions de sa jeunesse: Viscos, vallée du Lutour, lac de Gaube, Ilhéou, Cabaliros…

La Pointe de ChausenqueDu sommet du Monné la vue sur le Vignemale, lui donne l’ambition de le conquérir.
Le 30 juin 1822, il part de nuit avec le guide Jean … de Cauterets avec l’idée « d’éviter le glacier d’Ossoue et de passer successivement de l’une à l’autre des quatre pènes que présente le Vignemale vu du nord ».
Ils remontent la vallée jusqu’au lac de Gaube puis passent au col d’Ossoue d’où ils montent au Petit Vignemale. Ils poursuivent « sur les anfractuosité d’une crête aiguë, ayant toujours sous les yeux de part et d’autres la profondeur des glaciers » et au bout d’une heure ils se retrouvent au sommet de la seconde pène (3204 m) ou Chausenque comprend qu’ils n’iront pas plus loin. (Ce sommet, le plus haut des Pyrénées Françaises, se nomme depuis Pointe de Chausenque) Le retour s’effectue par la hourquette d’Araillé, le lac d’Estom et la longue vallée du Lutour.
Après 19 heures et demi de marche ils sont de retour à Cauterets.

Dans les années qui suivent, il explore le versant Français de la chaîne d’un bout à l’autre.

En Juin 1823, il effectue un grand voyage dans les Pyrénées-Orientales avec un ancien camarade de Soréze : Arbanere. Il font durant cette reconnaissance l’ascension du Canigou, très peu gravi à cette époque et encore entouré de superstitions et de légendes.

En juin 1825, il enlève au pic du Ger sa réputation d’inaccessibilité en réussissant la première ascension avec un jeune chasseur d’isards.

La même année au cours d’un séjour à Saint-Sauveur, il explore le massif de l’Ardiden, dont il fera une longue observation afin d’essayer d’y découvrir un itinéraire depuis le sommet du Bergons.

L’été 1826 voit Chausenque à Luchon ou il réalise bon nombre de courses faciles avec vues sur le massif de l’Aneto: Cigalere, Bacanere, Ceciré. Puis tout naturellement ses pas vont vers la source de la Garonne et le Val d’Aran. Au retour il passe par le Couserans dont les montagnes sont quasiment inconnus.

Il tente l’Ardiden au printemps 1827, mais se sera un échec. La première de ce grand sommet (2988 m) reviendra quelques années plus tard, en 1858, à Henry Russell.

En juillet 1827 repris du désir de vaincre le Vignemale, il monte au Piméné d’où il l’observe longuement à la lorgnette, afin d’étudier les voies possibles pour atteindre le sommet de la Pique Longue. Il finit par le déclarer inaccessible de coté français et il y renonce pour toujours.

Le Vignemale

En 1829 avec M.G de Luppé, il réalise le Montcalm en 2 jours et dépasse pour la seconde fois l’altitude de 3000 m. Prés de lui sur la frontière, la Pique d’Estats le domine. Mais l’orage survient et ils doivent fuir vers la vallée. Dans sa longue carrière Pyrénéiste il ne montera jamais un pic frontière.

Il n’est pas grimpeur mais un contemplatif pastoral, un poète rêveur.

Il publie en 1834 à l’âge de 52 ans son premier livre, où toutes ces régions explorés y sont décrites avec exactitude: « Les Pyrénées, ou voyages pédestres dans toutes les régions de ces montagnes, depuis l’Océan, jusqu’à la Méditerranée, contenant la description générale de cette chaîne, des observations botaniques et géologiques, et des remarques sur l’histoire, les mœurs et les idiomes des diverses races qui l’habitent; avec une carte et quelques vues des Pyrénées. »

Le Néouvielle hante son esprit depuis 1804.

Ainsi, le 10 juillet 1847, (à l’âge de 65 ans) il veut faire une autre tentative vers cette montagne toujours vierge.
Il part à 2 H du matin, à cheval de Barèges, avec le guide Bastien Teinturier. Ils remontent jusqu’au Lienz, puis continuent à pied. Ils passent au lac de la Glaire, puis par la brèche des Tourettes (aujourd’hui Brèche de Chausenque) et passent versant Est d’où ils atteignent le sommet.

Le Néouvielle 3091 mètres
Ils restent 3 heures au sommet à savourer le succès, puis rentrent à Barèges, ou ils seront de retour 17 heures plus tard.

Vers 1854, il se met à revoir son livre et à le compléter. Il a 72 ans, et il en sort la seconde édition: « Les Pyrénées, ou voyages pédestres dans toutes les parties de ces montagnes depuis l’océan jusqu’à la Méditerranée, avec une carte et quelques vues des Pyrénées ». Cette seconde édition comporte 400 pages de plus que la première. Mille pages en tout, en font à cette époque la seule description sérieuse de l’ensemble de la chaîne.

Il fait la dernière ascension de sa vie en 1863 avec Latapie de Cauterets en montant au Cabaliros.
Reconnu et admiré par l’ensemble des montagnards de l’époque, il devient président d’honneur de la société Ramond à 85 ans.

Il meurt dans son village de Gontaut le 29 avril 1868, laissant une grande et belle trace dans l’histoire des Pyrénées.

Bibliographie