Franz SchraderJean, Daniel, François Schrader (dit Franz) naît le 11 janvier 1844 à Bordeaux. Il grandit entre une mère tendre et plutôt protectrice et un père à l’autorité trop ferme.
A 10 ans, c’est un enfant ingénieux et habile de ses mains. Le spectacle du port de Bordeaux, avec ses voiliers, contribue à éveiller chez l’enfant le goût des choses de la mer et la curiosité des voyages. Il connaît le nom de tous les navires et tient un registre de leurs mouvements. Ses premiers dessins représentent des scènes de la vie portuaire et révèlent un tempérament curieux de tout et très observateur.
Son premier rêve est de devenir ingénieur de constructions navales. Mais son père lui fait apprendre la menuiserie, puis le place comme gratte papier chez un percepteur; Mr Barckausen. Il se lie d’amitié avec le fils de celui-ci, et ils apprennent ensemble, les langues anciennes, la philosophie, la géographie, les mathématiques, le dessin industriel, le dessin d’art et le piano.

A la mort de Mr Barckausen, il entre chez l’armateur Schroeder. Il travaille avec conscience et s’intéresse à son métier. Il fait quelques conférences publiques sur « le percement du canal de Suez », agrémentées de quelques aquarelles.

En 1866 (il a 22 ans), un ami, Léonce Lourde Rocheblave, l’emmène avec lui à Pau. Arrivés de nuit, ils logent au 16 de la rue Marca.

Et c’est de là, au petit matin, qu’il aperçoit la montagne pour la première fois: c’est un coup de foudre qui va transformer sa vie.

Il existe une aquarelle qui l’immortalise: » Les Pyrénées vues de la terrasse du château de Pau (05 août 1866).« 

Les Pyrénées vues de la terrasse du château de Pau (05 août 1866)

 

Dès lors, Franz Schrader consacre ses rares congés à la montagne en compagnie de Léonce Lourde-Rocheblave.
Deux grands personnages, par leurs écrits, contribuent fortement à préciser et orienter sa vocation : Ramond de Carbonnières (1755-1827) avec « Voyages au Mont-Perdu » et Henry Russell (1834-1909) avec « Les grandes ascensions des Pyrénées, guide d’une mer à l’autre ».

En 1872 avec Léonce Lourde à la hourquette Badet, ils ont la vision d’ensemble du Massif calcaire de Gavarnie. Ils donnent le nom de Ramond au pic anonyme situé à coté du Mont-Perdu et ils décident de réaliser une carte à grande échelle. Elle couvrira le Mont-Perdu et la région de Gavarnie, dont la connaissance comporte alors des manques. Il apprend à fond le métier de topographe.

L'orographe de franz SchraderIl fabrique lui-même les instruments de mesures, et invente un instrument aussi simple dans son principe que peu encombrant lui permettant de faire des levées topographiques, en terrain accidenté: l’orographe.
C’est un instrument en bois bien primitif, (qu’il perfectionnera jusqu’en 1885) qui transcrit directement sur un disque de papier les lignes de paysage qu’il suffit de viser avec sa lunette. Le tracé est direct, instantané. A mesure que l’opérateur déplace sa lunette, ses mouvements de visée sont transmis mécaniquement et automatiquement sur une règle équipée d’un crayon. Schrader obtient ainsi une véritable table d’orientation en modèle réduit.

Franz Schrader est un bourreau de travail, et ne pratique l’art du paysage qu’à temps perdu, mais c’est avec un rare bonheur.

Aujourd’hui son œuvre comporte plus d’un millier de pièces, mêlant peintures, dessins et gravures.

Les Pyrénées constituent son réservoir de motifs préférés (panoramas du Piméné, du Mont-Perdu, du Cotatuero, etc) mais il peint aussi les Alpes. Pensons à son Panorama du Mont-Blanc pour le pavillon du CAF à l’Exposition universelle de 1900.

Carte du Mont Perdu de Franz SchraderEn un temps très court, il collecte les données suffisantes pour obtenir en 1874 sa première carte du Massif Gavarnie-Mont-Perdu au 1/40 000. Une fois la carte dessinée, il doit par mesure d’économie la graver lui-même. Il se met a l’école des graveurs lithographes et apprend un nouveau métier. La carte signée Schrader et Lourde Rocheblave, ainsi qu’une étude scientifique du Mont-Perdu, fait sensation auprès de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux. En 1875 le club alpin dans son premier annuaire publie un tirage de la carte ainsi que les récits de courses de Schrader.

A 32 ans, c’est maintenant une figure dans le pyrénéisme.

Il connaît Russell, Wallon, Lequetre… il est président de la section bordelaise du club alpin et collabore fréquemment à l’élaboration de l’annuaire.

Le capitaine du génie, Prudent, chargé d’établir une carte au 1/500 000 pour le dépôt des fortifications, le rencontre et l’incite a monter à Paris, où le jeune Pyrénéiste intègre au printemps 1877 la maison Hachette. Il y est accueilli par Émile Templier et Adolphe Joanne alors président du tout jeune CAF de Paris. Il a enfin le temps et les moyens de se consacrer tout entier à ce qui le passionne. Sa carrière est dense et diversifiée : géographe professionnel chez Hachette, professeur à l’école d’Anthropologie, secrétaire de rédaction de l’annuaire du CAF.

A l’occasion d’une de ses courses en montagne, il réalise le 11 août 1878 la première ascension du Grand Batchimale (3176m), rebaptisé depuis Pic Schrader.

Le guide Henri Passet l’accompagne. Ils descendent par le vallon de la Pez et les lacs de Machimala.

Il est membre actif du CAF qu’il préside de 1901 à 1904, auquel il apporte beaucoup, tant par ses talents d’écrivain, d’illustrateur, d’organisateur, que par ses compétences de topographe et de cartographe.
Directeur de la cartographie chez Hachette dès 1880, il s’assigne trois buts: dépasser en qualité l’atlas allemand Stieler, faire connaître les Pyrénées, fournir aux alpinistes des cartes de plus en plus précises.

Plusieurs travaux voient le jour:
– 1886-1891: Carte d’ensemble des Pyrénées topographique et géologique au 1 : 80 000
– 1882-1892: Carte des Pyrénées centrales au 1 : 100 000 (122 x 60 km levés en 120 jours d’orographe de 1872 à 1882)
– 1890: Atlas de géographie moderne
– 1914: Carte de Gavarnie Mont-Perdu au 1 : 20 000
– 1914: Atlas Universel

En 1889, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. Il participe en tant que dessinateur, géographe et expert des Pyrénées, aux guides Joanne qui deviennent en 1919 les fameux guides bleus de la maison Hachette.

Franz Schrader meurt le 18 octobre 1924 et depuis 1927 il repose au Turon de Courade à Gavarnie.
En 1928, à titre posthume, lui fut décerné par la Société de Géographie de Paris, la grande médaille d’or.


Bibliographie de Franz Schrader


Quelques œuvres de Franz Schrader