Ramond de Carbonniéres, le père du PyrénéismeLouis François Elisabeth Ramond naît à Strasbourg le 04 janvier 1755, d’un père Languedocien et d’une mère Allemande (Marie Eisentraut).
Il fait des études d’avocat et reçoit une instruction littéraire, scientifique, polytechnique et polyglotte.

Les Vosges sont le théâtre de sa première excursion, mais il découvre réellement la montagne en 1777 lors d’un voyage à pied en Suisse avec un ami.

Il aime la littérature et la poésie; il écrit en 1778 un recueil intitulé « Élégies amoureuses ».
En 1781, il traduit de l’Anglais « Les lettres de William Coxe sur la Suisse ». Il a alors l’idée de greffer le récit de son propre voyage en Suisse sur celui qu’il traduit.

En 1781, il devient conseiller privé et secrétaire de l’évêque de Strasbourg: le cardinal de Rohan. Il se trouve mêlé à l’affaire du collier de la reine et accompagne Rohan dans son exil en Auvergne.

Il découvre les Pyrénées à la fin de juillet 1787, en accompagnant le cardinal en cure à Barèges.

Il fait ses premières excursions; il aime marcher et s’émerveille devant la beauté des paysages.

Cette grande aventure Pyrénéiste débute le 02 août 1787 lors de sa première ascension au Pic du Midi de Bigorre.

La vision de la chaîne lui donne envie d’en parcourir les zones les plus élevées de Gavarnie à la Maladeta pour évaluer l’état des glaciers. Mais surtout il voit pour la première fois le Mont-Perdu qu’il atteindra seulement 15 ans plus tard.

Quelques jours plus tard, lors de sa première visite à Gavarnie, il monte à la brèche de Roland et constate l’existence d’un vrai glacier.

Il occupe la fin du mois d’août par une grande traversée des Pyrénées Centrales: de Barèges à Luchon par Venasque. A l’occasion de cette grande tournée, il échoue de peu à la Maladetta qu’il prend pour le point culminant du massif.
Le 20 août 1787, il part de Luchon avec Simon et un chasseur d’isard et va coucher à l’hospice de France. Le lendemain, après le passage du port de Vénasque, les trois hommes traversent le Plan des Étangs et s’attaquent à la Maladetta par le milieu de sa base, tout droit vers le sommet. Après la traversée du Val de Paderne, le chasseur d’isard abandonne, victime du mal des montagnes. Au pied du glacier, Ramond qui est le seul à avoir des crampons, continue seul. Il parvient à le traverser et à rejoindre la crête entre le pic de la Maladetta et le pic d’Albe. Il abandonne devant les difficultés rocheuses qui s’élancent devant lui.

La montagne maudite connaît ce 21 août 1787 son premier véritable assaut.

Observations faites dans les PyrénéesDe retour à Barèges, il quitte le cardinal et repart à Paris. Il relate ses excursions dans un ouvrage qui paraît en 1789: « Observations faites dans les Pyrénées ». Cet ouvrage demeure l’un des chefs-d’œuvre de la littérature Pyrénéenne. « C’est l’acte de naissance des Pyrénées » écriera plus tard Henri Beraldi, l’historien du Pyrénéisme.

Ramond est élu député de Paris en 1791. Mais se sentant menacé, surveillé et considéré comme suspect, le 25 juillet 1792 il part se cacher dans les Pyrénées à Barèges pour se faire oublier du pouvoir central.
Pendant 3 ans, Ramond se met au travail d’arrache pied. Il devient un spécialiste reconnu des Pyrénées. La botanique le passionne: il herborise et répertorie plus de 800 espèces et constitue un grand herbier qui est conservé au Muséum d’Histoire Naturelle de Bagnères-de-Bigorre. Il étudie l’ordonnance géologique des Pyrénées centrales. Le Mont-Perdu le fascine et il ne partage pas les idées de Dolomieu et de Lapeyrouse (botaniste et géologue toulousain) sur l’âge primitif de ses calcaires. Cette divergence d’opinions, sera à l’origine d’une longue querelle entre les deux hommes. De retour d’excursions, il retranscrit ses découvertes et observations dans ses « carnets ». Il écrit sur tout: botanique, géologie, alpinisme, minéralogie…

Finalement, le 15 janvier 1794, il est arrêté et emprisonné à Tarbes pendant 7 mois. Il échappe de peu à la guillotine. Pendant son incarcération, sa sœur Rosalie se marie avec le docteur Borgella, médecin militaire à Barèges. A sa libération, Ramond suit le couple dans ses domiciles successifs de Barèges, Saint-Savin et Bagnères.

En 1796, il se rend quotidiennement à Tarbes à cheval, où il est professeur d’histoire naturelle à l’École Centrale. Il occupe ce poste jusqu’à la fermeture de l’école en 1800, année où il est élu député des Hautes-Pyrénées.

Le Mont-PerduLe Mont-Perdu continue de hanter ses esprits. En 1797, il monte une expédition scientifique qui a pour but d’atteindre le sommet qu’il considère comme étant le plus haut de la chaîne, pour aller voir sur place s’il y a ou non des fossiles permettant de mettre un terme à sa querelle avec Lapeyrouse.
Le 11 août 1797, c’est une expédition de 14 personnes, dont Lapeyrouse, qui part vers la vallée d’Estaubé. Le lendemain, après une nuit passée dans une grange de Coumélie la troupe se met en marche. Arrivé au fond du cirque d’Estaubé, les avis divergent; certains veulent passer au Port de Pinède, les autres par la brèche de Tuquerouye. Finalement, ils décident de tenter l’ascension du couloir. Lapeyrouse rebrousse chemin très vite, pendant que le reste de la troupe atteint le sommet du couloir deux heures plus tard. La découverte de fossiles au Lac Glacé confirment les hypothèses de Ramond et donc infirment celles émisent par le professeur toulousain. Il est trop tard pour espérer aller plus loin et le groupe revient au pied du couloir par le Port de Pinède ou les attend dépité Lapeyrouse.
Pour Ramond c’est une double réussite: exploit montagnard et confirmation de ses thèses scientifiques. Cette journée historique lui vaudra plus tard d’être élu au siège de minéralogie de Dolomieu.
Mais, par un récit ambigu, Lapeyrouse s’approprie la paternité des découvertes de son rival. Ramond raconte ses aventures et rétablit la vérité dans ses « Voyages au Mont-Perdu ». (1801)

Quelques jours plus tard, Ramond fait une deuxième tentative pour atteindre le Mont-Perdu. Cette fois-ci, pour gagner du temps, il passe la nuit avec ses compagnons (Mirbel, Pasquier, Dralet et les guides Rondo et Laurens) au pied du couloir de Tuquerouye.
Mais, ce 07 sept 1797, ils trouvent le couloir en très mauvaises conditions. « Une échelle de glace… » dira plus tard Ramond. Dès le bas du couloir, les guides taillent des marchent pendant deux heures. Une bosse de glace stoppe l’ascension et l’équipe doit remonter à cheval sur l’arête de glace de la rimaye du bord droit du couloir. Finalement, ils mettent cinq heures pour effectuer l’ascension du couloir. Les difficultés du début de l’ascension font changer Ramond d’avis: la tentative est abandonnée. Le retour s’effectue comme la première fois, par les Parets et le Port de Pinède.

En 1802, il a de nouveau envie de fouler cette montagne. Le 04 août, il envoie ses fidèles guides Rondo et Laurens en éclaireurs vers le Mont-Perdu. Mais, nos deux Pyrénéens, emportés par leur enthousiasme, atteignent le sommet le 06 août. Ramond n’apprécie pas et il se remet en route le 09 août avec Laurens et son frère Henry et Pierre Palu. Ils passent au Port de Pinède, descendent vers la vallée de Pinéde et attaquent le coté Est du Mont-Perdu, en remontant par le sentier de Tormosa à flanc vers le Sud jusqu’au col de Niscle.

Ainsi, le 10 août 1802 Ramond atteint le sommet du Mont-Perdu à sa troisième tentative.

Il fait quelques mesures barométrique et observations. Il est émerveillé par les paysages du versant sud ou il viendra le 22 Août visiter le canyon d’Ordesa.

Sa carrière politique l’éloigne des Pyrénées. En 1806, il est nommé préfet du Puy-de-Dôme, poste qu’il occupera jusqu’en 1813. Armé de son baromètre, il fait le « Nivellement barométrique des Monts Dores et des Monts Dômes ». Il est surnommé le « préfet Baromètre » par ses collègues.

Il revient aux Pyrénées en 1809 et en 1810. Il effectue sa trente-cinquième ascension du Pic du midi en 1810. Les récits de ses ascensions au pic du Midi sont regroupés dans un manuscrit : « Pic du Midi : mes voyages ».

Il prend sa retraite politique en 1822.

En 1826, une expédition d’officiers géodésiens établi les altitudes des sommets Pyrénéens. Ramond doit s’avouer la réalité (qu’il connaissait en fait depuis les mesures des campagnes de 1813 et 1816); il n’a atteint que le troisième sommet de la chaîne après l’Aneto et le Posets.

Il meurt à Paris le 14 mai 1827.

Le 19 Août 1856, Henry Russell, Franz Schrader, Emilien Frossard, Maxwell-Lyte et Charles Packe fondent la première Société de Montagnards: ils baptiseront la société académique qu’ils créent « Société Ramond » afin de lui rendre hommage.

En 1872, Schrader associe son nom avec un sommet non encore répertorié du massif du Mont Perdu : le Soum de Ramond. (3254 m)